Cela fait plusieurs mois que je n’écris plus. Que rien ne vient à part les joies de la maternité et ces petits riens qui représentent tout. Ou ces moments où je flirte avec la dépression, où je n’en suis pas loin mais que je tiens bon parce que « flute » je ne suis plus une adolescente qui se regarde le nombril et se lamente sur son pauvre petit sort. Parce qu’il y a des choses bien plus importantes que de se laisser aller à se complaire dans son petit malheur. Pour moi, pour elle, pour nous.

Et puis vendredi, comme beaucoup d’entre nous : stupeur. Ne pas arriver à s’endormir, aller flâner sur facebook et apercevoir des messages étranges. Des contacts sur Paris qui assurent que oui, ils vont bien. D’autres qui demandent à leurs amis parisiens de donner des nouvelles. Et là, un article, une carte, des zones rouges et un truc qui semble bien incroyable chez nous : des attentats. Quoi ?! Nooon, allez, c’est une blague. Non ?!

Et là, je crois que c’est le choc qui s’abat. C’est massif, c’est irréel… Ah, on préférerait en rire, ce n’est pas possible ! Mais on ne peut pas en rire, ce serait faire preuve d’insensibilité, c’est cruel… tout ça est bien réel… n’est ce pas ?! Je parcours des articles, échange quelques messages, m’assure, comme beaucoup d’autres, que mes contacts qui vivent à Paris vont bien… Je me persuade que ça ne sert à rien de rester éveillée, je me recouche.

Des instants de mon accouchement me reviennent, des flashs, des bribes… de ces heures où, après 9 mois d’attente, ma fille allait arriver, cette rencontre tant attendue allait se faire. Ce moment où je peux enfin vraiment la voir, blottie dans les bras de mon compagnon, de son père. Ce moment où intellectuellement on est censé savoir que oui c’est l’être humain que nous avons eu 9 mois en nous qui est là ! Ce moment où en fait on ne sait plus rien. Où le cerveau a vrillé, où on ne comprend pas ce qui se passe. Parce que c’est massif, intense, incroyable, merveilleux, immense… indescriptible. Unique. Parce que ça fait des semaines qu’on n’a pas eu une vraie nuit de sommeil, qu’on imagine cette rencontre, qu’on s’interroge, qu’on attend, qu’on s’impatiente… Parce qu’on a passé la nuit à « gérer » des contractions, des tremblements, la peur, l’incertitude, la douleur. Parce qu’on est épuisé mais qu’on ne le sent plus. Parce qu’on est en dehors du temps. Sûrement shootées à des tonnes d’hormones, celles qui nous empêchent de dormir les jours suivants, qui nous tiennent éveillées pour contempler ce miracle encore trop incroyable.

Il n’y a pas de lien direct, mais je sens bien que ces souvenirs qui tournent en boucle à ce moment là, ne sont pas là pour rien… Le genre de chose que l’on saisi vaguement mais sur lequel on ne s’attarde pas vraiment. Et peut être que d’autres mères ont eu ce même effet ou un équivalent ? Des pères peut être aussi ?

Depuis ces attentats, je constate que beaucoup sont plus présents sur facebook qu’avant, beaucoup « d’informations » circulent, beaucoup (comme je le fais à présent) ressentent ce besoin de s’exprimer, de dire ce qu’ils ressentent, pensent, ce qu’ils espèrent, ce dont ils ont peur… Il y a beaucoup de répétition, d’humour, d’interview, d’articles, de vidéos, d’images…. Du vrai, du faux… Du bon et du mauvais, selon les humeurs, selon les aspirations de chacun, selon nos « idéaux » ? Il y a les pays étrangers qui affichent leur soutien, des gens connus, une profusion de « je suis paris », « je suis bidule », « je suis machin chose »… Une myriade de bleu blanc rouge.

Je constate. Je mets à distance. Est-ce que je ressens quoi que ce soit ? Peut être, sûrement… si je fouille un peu ça devrait être là.

Et puis il y a Nos Politiciens… Ah. Nos Chers Politiciens. Que serions-nous sans eux ? Sur le coup, j’aurais presque pu croire à une quelconque trace de sincérité chez certains. Sur le coup. Mais au final, sans surprise aucune (hey, au moins on ne sera pas déçu !), les voilà vociférant, les voilà puériles… dénigrant au lieu de construire. Rejetant la faute sur les autres au lieu de coopérer. Se ridiculisant au lieu de Nous représenter ! Allez, ça va, je sais… Je ne suis pas la première à constater cette débâcle, ce déballage de guignols déconnectés de la réalité et qui jouent gauchement à être des marionnettistes.  Les ficelles sont quelque peu usées mais, hey, continuez hein… ça marche ! Continuez à vous empiffrer de nos ressources, à pointer du doigt les plus pauvres d’entre nous, les exclus, les moins que rien ; continuez à saigner ceux aux ressources modestes voire confortables ; et continuez à tailler des…. Haies d’honneur aux plus riches, vos compères, ceux qui volent éhontément leur propre pays !

Mais bon… on n’y peut rien, n’est-ce pas ? Mais, attendez… si ON n’y peut rien…. Qui pourra y faire quoique ce soit ? Changer quoique ce soit à cet état bien rodé et délétère ?!

Avec le recul, je crois que j’ai eu peur, pas tant de ce qui venait de se produire, là il n’y avait que l’impuissance et puis… c’était passé (mais c’était et c’est encore là !) mais j’ai eu peur de l’après.

Parce qu’au final, ce qui m’inquiète le plus ce n’est pas les terroristes et ceux qui les manœuvre, non. Ce qui m’inquiète c’est notre gouvernement et les guignols qui nous sabordent de l’intérieur. De ces soi-disant intellectuels qui ont été « formés » à gouverner et qui laissent des brèches béantes et toute latitude à ce genre d’horreur. Et qui, au lieu de prendre du recul, de comprendre les tenants et les aboutissants qui nous ont conduit à ça… s’évertuent dans leur pitoyable mascarade, s’évertuent à brasser du vent en pointant du doigt des boucs émissaires !

 

Voilà ma pierre à l’édifice de cet évènement effroyable, encore quelque peu irréel, parfois incroyable. Rien de nouveau, rien d’innovant. Rien qui n’a déjà été dit, écrit, pensé en notre temps et même, depuis des siècles.

 

Ceux qui veulent échanger, discuter (d’accord ou pas avec moi) sont les bienvenus. Ceux qui veulent se défouler, me cracher dessus… passez votre chemin, je suis épuisée.

(P.S. : vue l’heure tardive, mille excuses pour les diverses fautes qui auraient pu s’inviter malgré moi.)
(P.P.S. : ah et j'ai peut être un peu la rage aussi... quelque part)