Mère

Le temps est venu, de ces murmures il s'impose

Ces années dissolues, en souvenirs, se transposent

De ces individus, de leurs chairs et sangs, composée,

Créée, petite poupée, à moitié désirée... exposée?

 

Explosée dans tes heurts et tes attentes maternelles

J'ai cherché en mon âme et sein, mon Père Eternel

Celui, toujours présent, qui traduit l'inconnu

Qui casse le cordon, crée un espace pour la mue.

 

Emmurée dans l'ambivalence d'un amour sans limite

Ecartelée par l'impuissance de fuir cette conduite

Réduite dans vos schémas, dans tes vieux jeux envieux

J'ai exploré des voix… entr’aperçu nos enjeux

 

Enjouées, infantiles, nous l'avons été, et bienheureuses

De conforter ce cocon, nourrit d'attentes, ô combien, flatteuses!

Attentive et soucieuse de combler des failles malheureuses

Enfant, devenue mère, délaissée mais si désireuse

 

Débordante de désirs, de pallier seule et vaillamment

A nos manques, nos envies de grandir, indépendants

Ma mère, sache qu'ici bas nous faisons face, ardemment

Aux limites imposées par la vie, inscrites dans notre présent


 

Père

 

Longtemps je t'ai cherché sans vraiment entendre

La place implicite qui te revenait.

Naïvement je croyais que l'on pouvait prétendre

Que tu n'avais, dans nos vies, aucune responsabilité

 

(Comment as tu pu engendrer tes enfants

En ignorant la place que l'on espérerait ?

Es tu devenu père si incroyablement,

Que cela ait pu t'échapper ?)

 

(Certes, nous ne sommes pas des chatons

Noyables à notre naissance

Nous sommes enfants issus d'un amour

Indéfinissable dans son essence)

 

(De ton mutisme blessé il me reste

Une quête longtemps éprouvée.

Dans ce jeu de non dits tu te délestes

De ce rôle qui t'a manqué ?)

 

Et malgré tes barrières, j'ai su entrevoir

Un modèle, une manière d'apercevoir

Le monde qui m'entoure et m'y intégrer

Bien que maladroitement, j'y ai persévéré

 

Et malgré tes réserves et ton histoire

Jamais tu ne m'as fermé ta porte

Dans mes recherches et mes déboires

J'ai pu t'atteindre... en quelque sorte…

 

N'est ce pas là l'apprentissage de la vie ?

De composer avec les limites de l'autre

De ne pas se nier pour les envies

De ceux qui se prétendent "les nôtres"