Je t’aime, je t’attends, je t’appartiens.

La première fois que je t’ai vu, la première fois que tu m’as vu… Cet instant unique nous a liés pour toujours. Tu m’as amené chez toi, tu m’as ouvert ta porte. J’étais intimidé mais, gentiment tu m’as parlé. Tu m’as dit qu’ici c’était mon nouveau foyer et que tous ensemble nous allions y vivre. Ah, quelle joie d’être parmi les tiens ! Je me souviens de ton regard affectueux lorsque tu m’as fait visiter les lieux. Je me souviens de cette odeur de nouveauté, j’étais si jeune, si émerveillé ! Tu m’as nourri avec soin, tu m’as appris à jouer et même à t’obéir. Tu m’as offert les clés de ton cœur, tu m’as fait une place en or dans ta famille.

Je t’aime, je t’attends, je t’appartiens.

J’étais joueur, craintif, admiratif et audacieux à tes côtés. Tes petits me cajolaient et toujours je gardais un œil sur eux, afin qu’ils soient en sécurité. Tu sais, à ce moment précis où tu m’as fait rentrer dans ta vie, j’ai eu la certitude que la mienne te serait vouée à jamais. Et c’est bien là la moindre des choses après tout ce que tu m’as apporté ! Te souviens-tu de nos balades ? De nos courses effrénées ? Oh comme nous avons ri, ensemble, portés par les effluves de l’océan. Et nous roulions sur le sable chaud de la plage, nous roulions sur l’herbe dans notre parc favori tels deux jeunes chiots découvrant la vie !

Je t’aime, je t’attends, je t’appartiens.

Toutes les nuits je ne dormais que d’un œil, j’écoutais, je sentais le silence de notre sécurité. D’une oreille attentive j’entendais ta respiration, calme et confiante. Oh parfois cela t’arrivait d’être troublé dans ton sommeil et à ces moments-là je plaçais ma tête contre ton torse, sur ton cœur palpitant de chagrin. J’étais fort, j’étais ton protecteur. Chaque matin, lorsque les oiseaux, au lever du soleil, se mettaient à chanter, j’étais en joie, c’était mon moment préféré de la journée ! Je savais que la maisonnée allait bientôt s’éveiller à ce jour nouveau ! Nous préparions le petit déjeuner, nous nous occupions de tes enfants enfin… je t’accompagnais à chacune de ces activités, tu n’avais pas besoin de moi pour agir mais je savais que ma présence te réconfortait.

Je t’aime, je t’attends, je t’appartiens.

Tu m’apprenais les limites à ne  pas dépasser et moi, obéissant et fidèle je les respectais. Et tu m’as permis de me mouvoir en tout liberté. Quand je voyais les autres tristes et enchainés je ne pouvais m’empêcher de penser qu’avec toi j’étais libre et heureux. Quel veinard j’étais ! Bien sûr je ne  pouvais pas te suivre à ton travail et, pendant ce temps, je tenais fièrement notre territoire. Et le soir, après le repas nous partions tous les deux, voguant dans les rues, traversant les allées. Après cela, enfin tu te posais tranquillement devant ta télévision et moi je venais me blottir contre toi, la tête sur tes genoux. Tes tendres caresses étaient alors de douces promesses que pour toujours nous serions heureux. Le sommeil, lourd et confiant, m’emportait dans des rêves où je chérissais nos souvenirs.

Je t’aime, je t’attends, je t’appartiens.

J’étais ton confident. J’étais ton meilleur ami. Celui vers qui tu te tournais lorsque tu avais des ennuis. De nombreux hivers ont passé ainsi, de nombreux printemps ont marqué ma vie. Je me souviens de ce matin, dans une période où nous étions tous ensemble, toute la journée à la maison. Je me souviens de ce matin, donc, où toute la maisonnée était folle d’activité ! Les rires fusaient, vous prépariez vos bagages, tes petits trépignaient et, dans ton regard il y avait…

Oh comme je t’aime, comme je t’attends et comme je t’appartiens !

Dans ton regard il y avait cette chose étrange. Une chose qui ne s’y trouvait jamais auparavant ! Cet air me donnait envie de hurler à la mort mais toujours et malgré tout, je t’ai fait confiance ! Tes yeux étaient sombres, comme voilés de tristesse et tu n’osais plus me regarder. Je pensais que quitter ton foyer te mettait l’âme en peine mais que puisque nous serions toujours ensemble, cela ne durerait guère… Et pourtant… Enfin, nous avons chargé la voiture, nous y avons pris place. Tu as roulé longtemps, les yeux fixés sur la route et de ma gorge, des gémissements, montaient sans que je les contrôle. Au fur et à mesure des kilomètres parcourus l’air me semblait saturé… étouffant. Comme si nous approchions d’une destinée qui nous volerait nos beaux moments.

Oh comme je t’aime, comme je t’attends et comme je t’appartiens !

Tu as pris un petit chemin, obscur, caché. Nous nous enfoncions dans une forêt dont les odeurs m’assaillaient. Je ne tenais plus en place mais j’étais comme pétrifié et toujours ma gorge trahissait mon angoisse… ces instants redoutés. Tu as arrêté la voiture. Tu es descendu. Tu as ouvert la portière de mon côté. Tu m’as mis… quelque chose autour du cou… un collier ? J’essayais de capter ton regard, de lire au fond de tes pensées. Tout en m’attrapant par ce collier tu y as fixé une longue corde et puis tu m’as trainé pour m’enchainer à un arbre. Mes griffes grattaient le sol, ma gueule me démangeait et tout au fond de moi… ce hurlement de mort a surgi de mes tripes. Mes entrailles me brûlaient, ma gorge me faisait mal et tant et si fort je tirais sur ses entraves que, jamais tu ne m’avais imposées. Je t’ai senti te figer, me tournant le dos. J’ai vu tes épaules frémir mais tu t’en es allé. Si seulement j’avais pu te voir une dernière fois, si seulement tu avais pu me regarder… Tu aurais lu dans mon regard tout mon amour, toute ma dévotion. Tu aurais vu dans mon regard que sans toi la vie n’aurait aucune raison…. Les jours ont passé, autour de cet arbre. Les journées se sont achevées sur mon âme esseulée. Et si tu avais su qu’à jamais ma vie serait tienne… Te serais tu retourné ?

Car…

Je t’aime, je t'attends… je t’appartiens jusqu’à la mort.