J'ai été ce nourrisson qui dévorait des yeux le monde, attendant impatiemment de l'explorer. J'ai été cette jeune enfant attentive des souhaits du seul être qui existait alors au monde. Faisant de la compréhension et de la compassion, les clés.

J'ai été de ceux qui poussent les autres à vivre comme ils l'entendent, en contemplant de haut ce qu'il devrait être. J'ai été de ceux qui, poussés à l'extrême par les autres, ne trouvent d'autres refuges que dans leurs pensées. Le sarcasme pour toute arme, les larmes en deçà du bouclier. Pas de place dans les groupes ni pour les amitiés.

J'ai été cette petite fille dénigrant les contes de fée, malmenant ses rêves de gamine afin de prouver qu'elle n'est pas dupe, pas dupe une seule seconde, de ce que la vie lui réserverait. Les rêves mis à bas dans une projection du plus sordide.

Et toujours observatrice de ce monde qu'elle attendait timidement d'explorer.

J'ai été cette fille qui s'arme de haine et de rage avec pour tout bouclier la crainte d'être déçue, la crainte de ne jamais être aimée. Cherchant au fond des livres et de la musique une place pour exister. La pensée alors se dégage et s'exalte d'être de l'éther. L'âme se mettant de côté au profit d'une raison disséquant l'air de la jeunesse.

J'ai été cette petite midinette rougissant d'avoir été effleurée, d'une main, d'un mot, de cette sensation de partager. J'ai été cette jeune fille s'affligeant de barrières pour ne jamais, au grand jamais, s'épanouir au regard de ces découvertes. Ressentir ?! Quelle infamie dans laquelle l'on peut se perdre où les mots s'écrivent et prennent leur essor pour imaginer son déclin.

Observatrice silencieuse d'un monde, trop effrayant pour être exploré.

Et de la rage à la couardise, il ne fut qu'un pas à franchir, pour s'affranchir de son propre regard et s'alourdir de celui des autres.

J'ai été cette jeune femme redécouvrant la vie, espérant que, par miracle, une place enfin lui serait admise ! Qu'une définition de soi par le regard des autres, lui offrirait la clé d'une compréhension de ces interactions. Des mots cryptés, des langues étrangères, de nouvelles données sans plus de sens que de consistance. Et alors, que faire ? Se défaire toujours de ces sensations qui nous assaillent ou alors chercher une autre voie dans laquelle « exister et ressentir » serait alors permis ?

Je suis une femme qui existe, qui a la place qu'elle se donne. Je suis une femme qui regarde ce monde et qui se dit « Pourquoi pas ? A moi, maintenant, de l’explorer ! ».