Dans mes veines s'écoule le sang des survivants,
Cette sève me lie à des idéaux d'un autre temps.
J'aimerais que mes racines me soutiennent et, pourtant...
Me voici ! Je m'enlise en de bien sordides tourments.

Cette pulsion morbide me fait relativiser l'Important
Comme si vivre jusqu'alors n'était qu’un rêve d'enfant :
Si fragile, si éphémère, apparaissant, là, timidement
Le temps de paraître, de s'envoler loin, enfin librement.

D'où l'existence prend-elle son vaste essor ?
A quel point ce destin est-il de notre ressort ?
Et si l'on se contente d'attendre ainsi la mort,
La survie de nos ancêtres n'est d'aucun réconfort.

De tous ces héritages, la faux a coupé les liens
De là à rechercher éperdument, qui, des miens
A fait naître en moi toutes ces ambivalences,
A fait émerger dans mon être cette triste ambiance.

Je ressens leurs cris se noyer dans ma gorge !
A chacun de ces instants où la vie nous forge...
S'ils n'ont su s'exprimer alors, je serai leur voix ;
En leur mémoire, je porterai fièrement ma croix !

Courber l'échine afin de survivre et toujours persévérer
A tromper l'ennemi, avec notre servitude pour l'abuser
Et se soutenir en se souvenant de ces fastes années
Où nous n'étions pas dupes en tentant d'exister.

En pensant à eux j'avancerai envers et contre tout,
Avec la promesse de ne jamais nous trahir en tombant à genou.