Vois ! Ces étranges sensations qui assaillent mon cœur. Sens ! Cette irrationalité qui les étreint et les fait émerger. Si je pouvais raconter, si je pouvais partager les doutes et les envies, les langueurs et les soucis... tous ces amalgames qui prennent naissance en mon être et me portent en émoi. Regarde ! Comme l'ego se défend, comme l'autre se méprend... Je les ressens, ces limites. Celles qui nous posent question, celles dont la plupart des gens n'ont pas conscience. Je les vois et pourtant je m'échine encore et en vain à les dépasser.

A quel point pouvons-nous les transcender ? Les annihiler ? Les faire taire ? A quel point ces limites font-elles partie de notre être et forment ce qui nous définit ?

Et cette aspiration à la vie ! Et cette aspiration à la mort ! Ce sont là la beauté et le summum de la contradiction. Comme notre capacité à passer du vide à la plénitude, comme celle de passer de la haine à l'amour.

Et de la déraison peut naître l'Espoir et de celle-ci même peut naître la Peine. De tous ces points de vue qui nous entourent comme étant pris dans une tempête où les vagues n'auraient de cesse de nous faire chavirer, où se place notre vision des choses ? Où se situe notre singularité lorsque nos aspirations profondes se heurtent aux barrières de la Norme et des Mœurs de la « majorité » ?

L'on se nourrit de conte de fées, l'on se nourrit de désillusion et, in fine, la réalité ne se place pas dans Ce Juste Milieu. Elle se fraye un chemin entre l'ego, les actes, les pensées et ce qui est exprimé par tous les protagonistes de n'importe quelle situation de la vie quotidienne. Les joies, tout comme les peines ; les attentes, tout comme les doutes ; les heurts, tout comme les baumes au cœur ne sont que de multiples possibilités pouvant prendre corps à partir d'une même situation et pour chacun.

Et, dans tout ce système d'interaction nous devrions être capables de faire la part des choses ? L'on se plie aux règles que l'on pense devoir respecter, celles des « Autres », l'on se plie aux regards et aux jugements des Autres et tout ça pour quoi ? Tout cela pour des non-dits ?! Des quiproquos ?! Des amalgames de subjectivité donnant l'illusion collective de se rejoindre dans une et une seule Réalité ?!?!

A quel point nos limites, notre subjectivité, notre ego... tout ce qui nous empli ... à quel point tout ceci doit il rentrer en compte pour les autres ? Dans le couple, dans la famille, dans toutes les strates de l'entourage, dans toutes ces mises en scène sociales où chaque situation fait apparaître un autre de nos personnages, quelle est notre part individuelle ? Quel est le noyau qui ne saurait se déformer pour s'adapter à tout ceci ?

Et le plus gros de tous les contes de fées est bien celui de la famille, n'est-ce pas ? Celle dont on est issu et celle que l'on tendrait à créer. Face à cette équation humaine aux multiples inconnus, je reste perplexe. Entre mes aspirations, entre ce que l'on nous vend, de toutes ces idées reçues concernant le fait d'être en capacité de trouver LA Personne qui nous apporterait tout ce que l'on désire et le fait d'une réciproque qui, bien évidemment, devra être réelle... Si l'on essaie de prendre tout cela en compte, n'est-ce pas là une formidable et horrible fumisterie ? De se croire ainsi tout puissant et de prétendre que l'autre se doit de l'être ! Est-ce si étonnant que, à moins d'en être malheureux, trompeur ou démissionnaire, cela ne peut pas tenir ?!

Que croire lorsque les normes se transforment en barrières inébranlables ? Quelles peuvent être nos aspirations lorsque les mœurs, le bien-pensant et le bien vu définissent ce que doit être le Bonheur ?