D'une délicate douceur, comme empreinte de vie... Au gré du vent, une plume déambule. Sa lente descente l’hypnotise. Il rêve tandis qu’il est tranquillement adossé à un arbre. Il contemple les éléments qui, peu à peu, se déchaînent dans le ciel. L'air se gonfle d'une lourde chaleur accablant la danse de notre plume.

Sa tendre chorégraphie néanmoins s'adapte à cet environnement. Et devant cette scène, il se rappelle ces temps perdus où lui-même s’envolait au cœur des cieux.

Cette petite plume fait écho aux fantômes de celles, nombreuses, qui composaient ses Ailes.

Il était un temps où les humains lui semblaient étrangers, voire inexistants, et où les éléments et la nature lui étaient bien plus familiers. Un temps où la liberté n'était pas seulement pensable mais bien présente. Le rêve n'avait pas à se faire une place car c'était là où il se mouvait quotidiennement. La lune et les nuages n'étaient pas si lointains... Ils étaient à la portée de ses Ailes.

Assis, au pied de ce chêne, il se rappelle de cet instant où tout a basculé. Lui, bienheureux, tout là-haut, il avait voulu goûter, sentir et voir autrement... Il voulait glisser le long d'un point de vue bien différent.

La chair le fît souffrir, les rires l'ébranlèrent, faisant battre son cœur comme jamais... Et l'amertume des larmes fut inégalée.

Devant tant d'émotions, de sensations déconcertantes, il apprit le rêve, l'ambition de gagner à jamais une liberté nouvelle. Tout était tant à fleur de peau que cela l'écorchait.

Les éléments se font plus présents, plus lourds... Les éclairs libèrent leur beauté sublimée tandis que le tonnerre aime à se faire languir.

L'orage approche à grand pas au fur et à mesure que notre ange s'élance en des souvenirs qui ne sont plus que rêveries désuètes.

Il était ce temps béni où le paradis et la candeur n'auraient su être des mythes. Un temps où baigner dans le bonheur était un fait et non un but si vain.

S'imaginer au cœur même de cet orage le faisait frémir et les ailes d'antan pleuraient d'être ainsi disparues à jamais. Leur absence abattait la sentence d'une présence autrefois habituelle. Le manque lui faisait enfin prendre conscience de tout ce qu'il avait eu, non pas à portée de main, mais en lui et tout autour de son être.

Les larmes alors s'écoulèrent lorsque l'orage atteignit son apogée. Tout au-dessus de lui, foudre et tonnerre unirent leur présence... Tout au-dessus de son arbre, la foudre tomba.

Alors, alors... Alors, ce tout disparu ne fit plus qu'un avec son âme et, trépassé sous cet arbre séculaire, son corps inerte... gisait sur terre... La plume avait fini sa danse au creux de son cou.